
Le 3 juillet dernier, la formation ” Tann pou Tann ” affrontait ” Le Lion “, au Parc Gérard Christophe de Léogâne, dans le cadre du championnat de vacances organisé par l’AJSL (Association des journalistes sportifs de Léogâne). Sur la photo du ” 11 ” de départ de ” Tann pou Tann “, seulement 10 joueurs figuraient. L’international haïtien U-20 Steevenson Jeudy, attaquant du Violette AC, a sollicité l’autorisation de louper la séance de prise de cliché. Son contrat avec le doyen des clubs haïtiens l’interdit formellement de prendre part aux compétitions du genre.
Le 18 juillet 2022, alors que Steevenson Jeudy, tout comme d’autres coéquipiers, avait déjà joué 2 journées du championnat de vacances d’AJSL, le Violette AC a sorti les griffes. Dans une note, le VAC avait annoncé des sanctions allant de mois sans salaire à la résiliation de contrat, contre les joueurs ayant participé aux championnats de vacances. Les suivis de l’annonce n’ont pas été rendus publics. Mais Steevenson Jeudy n’a plus joué à la cinquième édition du championnat d’été de l’AJSL.
Le Violette se donne les moyens de sa politique
” Le Violette a tout fait, depuis 5 ans déjà, pour respecter ses engagements envers tous les joueurs particulièrement “, lit-on dans la note des port-au-princiens. Et c’est peu dire. Même sans compétition nationale, les violets et blancs paient régulièrement ses employés.
” Le Violette me paie 50 milles gourdes tous les mois, plus un treizième mois. Je gagne donc 650 milles gourdes pour une année. Le salaire mensuel de certains joueurs va jusqu’à 60 milles gourdes. En plus, le prime quand on a été champion était de 105 milles gourdes par joueur. 5.000 gourdes est le prime offert pour chaque match gagné et 30$ us est le frais par séance d’entraînement. 2 repas par jour sont servis au local du club “, dévoile un joueur du Violette AC.
Ayant connu au moins 4 clubs haïtiens, le joueur questionné par Ticket soutient que les joueurs reçoivent le meilleur traitement au Violette que n’importe où ailleurs. Tous les clubs ne fonctionnent pas comme le Violette AC. Chez d’autres, les joueurs sont sans salaire depuis l’arrêt des championnats nationaux. Même en compétition, des clubs sont irréguliers dans le payroll. Dans ces conditions, difficile pour un joueur de refuser les 100 à 200$ us par match payés par les équipes de quartier. En bonus, un smartphone dernier modèle est dans plusieurs cas sur la table de négociation.
Les clubs en paient le prix
L’attachement des joueurs aux championnats de vacances influe sur le fonctionnement des clubs. ” Au cours des vacances, nos joueurs manquent à répétition les séances d’entraînement. Ils affichent une baisse de régime dans les matchs, car ils jouent quasiment tous les jours. Parfois un joueur refuse même d’être présent pour un match du club à cause d’un rendez-vous avec une équipe de quartier “, raconte Jean Edward Théagène, responsable au sein du Valencia FC depuis 1987 et ancien membre du bureau fédéral. ” On doit comprendre les joueurs car le club ne peut leur offrir mieux ce qu’ils gagnent dans les championnats de vacances “, poursuit il.
Serge Gaspard est dirigeant du Rangers de Miragoâne. Il organise pour le moment le tournoi ” La Liga du grand Sud ” avec des clubs nationaux. L’idée derrière cette initiative était de permettre aux joueurs de garder les couleurs des clubs même pendant les vacances. Mais c’est sans compter avec les vieilles habitudes qui ont la vie dure. C’est un casse-tête chinois pour Rangers d’avoir ses joueurs à l’entraînement et lors des rencontres, avoue Serge Gaspard. Selon lui, la seule solution possible serait d’avoir les moyens économiques du Violette et de se permettre des contrats rigides.
Dans le temps, se rappelle Bertrand Jean Louis, responsable de longue date d’équipe de quartier, les championnats de vacances étaient l’occasion pour les clubs de découvrir les jeunes talents. Pas totalement contre la présence des joueurs professionnels dans les rangs d’équipes de vacances, il propose de limiter le nombre à 3. Mais en réalité, les équipes qui en ont le moyen aux championnats de vacances de Léogâne, alignent un 11 de départ dont la totalité des joueurs, évoluant en D1, viennent d’ailleurs. La volonté de gagner des propriétaires et le besoin de gagner beaucoup d’argent pour les joueurs mettent au second plan les clubs nationaux, le temps des vacances d’été.
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